Imaginez cette situation de plus en plus fréquente : un citoyen allemand résidant à Munich décède.
Il laisse là-bas ses principaux biens, mais aussi un appartement à Majorque, où il passe ses hivers depuis des années.
La procédure de succession se déroule en Allemagne ; la loi allemande détermine qui hérite et dans quelle proportion. Lorsque les enfants se rendent au registre foncier en Espagne, ils se heurtent au dilemme classique :
Est-il nécessaire de tout traiter en Espagne depuis le début, ou existe-t-il un instrument permettant de transférer la succession allemande dans notre système sans tout dupliquer ?
Cet instrument existe, et il s’agit du certificat européen de succession (ECS).
Il est créé par le règlement (UE) n° 650/2012 et développé par le règlement d'exécution (UE) n° 1329/2014, qui établit les formes mentionnées ci-dessus.
Depuis lors, et grâce au travail d'interprétation de l'ancien DGRN et de l'actuel DGSJFP, le CSE est devenu un instrument très utile pour le traitement des héritages intracommunautaires.
Qu'est-ce que le CSE ?
Le CSE n'est pas un document étranger qui doit être soumis à l'exequatur ou à une procédure de reconnaissance.
Il s'agit d'un document interne européen délivré par l'autorité qui connaît la succession et qui permet aux héritiers, légataires, exécuteurs testamentaires ou administrateurs de faire valoir leurs droits dans d'autres États membres (tous sauf le Danemark et l'Irlande, qui ne participent pas au règlement).
Toutefois, le CSE ne crée pas de droits successoraux, mais reflète simplement les droits qui existent déjà en vertu de la loi applicable à la succession.
Ce certificat bénéficie d'une présomption de véracité concernant les points qu'il certifie.
Sa place dans le droit espagnol : droit hypothécaire et services notariaux
Dans le système juridique espagnol, l'élément clé est l'article 14 de la loi hypothécaire, réformée en 2015 , qui inclut, avec le testament, le contrat de succession et la déclaration des héritiers, le certificat européen de succession comme l'un des titres de succession pouvant permettre l'enregistrement de biens immobiliers en faveur des héritiers.
Cela a une conséquence très pratique : le CSE n'est pas seulement utile « pour un usage externe ».
Il peut également s'agir d'un titre de succession interne, reconnu par l'art. 14 LH lui-même, à condition que son contenu soit suffisant pour satisfaire aux exigences de détermination imposées par notre système d'enregistrement.
Le point de vue de la DGRN : le CSE comme titre de succession au sens strict
En Espagne, l'ancienne Direction générale des registres et des notaires a été la première à se pencher sur la question suivante : un certificat de succession délivré dans un autre État membre peut-il constituer un titre successoral suffisant pour être inscrit au registre foncier, ou n'est-il qu'un complément ?
Dans sa résolution du 4 janvier 2019, la DGRN reconnaît que, compte tenu de la teneur du règlement 650/2012 et de l'incorporation expresse du certificat d'état civil (CEC) à l'article 14 LH, le certificat constitue un véritable titre successoral aux fins d'enregistrement, à condition que le CEC lui-même indique clairement qui sont les héritiers ou légataires et quels droits leur correspondent ; il n'est pas indispensable de le joindre à un testament, une ordonnance judiciaire ou une déclaration d'héritiers supplémentaires.
Le document européen est suffisant, sans préjudice du fait que le notaire qui l'utilise ou le conservateur des hypothèques qui le certifie peuvent exiger une preuve de la loi applicable en cas de doutes techniques.
En ce qui concerne la traduction, la DGRN accepte que le Registre exige une traduction en espagnol, mais insiste sur le fait que celle-ci doit se limiter à ce qui est véritablement nécessaire.
Il est absurde d'imposer des traductions littérales de blocs entiers de formulaires dont le contenu est standardisé si ce qui est véritablement décisif — identités, quotas, description des droits — est traduit et compréhensible.
Quand est-il judicieux de le demander… et quand ne l’est-il pas ?
La pratique notariale et d’enregistrement, guidée par la doctrine de la DGRN (désormais DGSJFP), souligne l’importance du CSE comme instrument très utile dans le traitement des successions transfrontalières, rationalisant considérablement les procédures successorales impliquant plusieurs États de l’Union européenne.
En règle générale, la succession sera traitée dans l'État de résidence du défunt et le CSE permet d'étendre cette succession aux autres États membres où se trouvent des biens du défunt sans avoir à « rouvrir » le dossier de succession dans chaque juridiction.
Elle est également très efficace lorsque les héritiers sont dispersés dans toute l'Union européenne.
Au lieu d'obliger chacun d'eux à traiter des dossiers de succession complexes dans leur pays de résidence sur la base de testaments, d'ordonnances judiciaires et d'actes locaux, le CSE propose un document standardisé dans toute l'Union européenne, valable sur la quasi-totalité de son territoire.
Contrairement aux scénarios ci-dessus, dans une succession purement interne (défunt résidant en Espagne, biens en Espagne, héritiers en Espagne), le certificat est généralement superflu.
Le système espagnol fonctionne relativement bien avec les testaments, les déclarations d'héritiers et les actes de partage, sans qu'il soit nécessaire d'activer le mécanisme européen.
De même, si les marchandises se trouvent dans un État tiers non membre de l'Union européenne, le règlement 650/2012 ne s'y appliquera pas et, par conséquent, la CEE ne produira pas les effets décrits ci-dessus.
Avertissements concernant ce que le CSE n'est pas
En conclusion, voici quelques idées qu'il convient de clairement communiquer concernant le CSE :
- Cela ne remplace pas le partitionnement lorsque celui-ci est nécessaire.Dans notre système, le registre foncier doit constater l'existence d'un droit réel précis pour l'enregistrer. Si le certificat ne mentionne que des parts abstraites, il devra généralement être complété par un acte de partage ou un jugement qui traduit ces parts en droits de propriété concrets sur des biens spécifiques.
- Elle a une date d'expiration pratiqueChaque exemplaire en circulation n'est valable que six mois. Il est facile d'oublier ce détail et de recevoir une évaluation négative pour avoir soumis un exemplaire périmé. Il est donc recommandé de bien coordonner la date d'émission avec la date de dépôt auprès des registres et des tiers.
Lorsqu'il est correctement compris et utilisé, le certificat européen de succession n'est pas un caprice communautaire, mais un outil très utile.
Cela permet d'éviter les doublons, de réduire les frictions et les coûts, et d'accélérer le traitement d'une succession internationale.


